Écrire les coups en toutes lettres
Les plus anciens traités d’échecs conservés sont arabes et remontent au IXe siècle. Les joueurs de shatranj y décrivaient les positions et les problèmes en prose, case par case, avec des formules du type « le cavalier va sur la case voisine du roi ». Chaque partie occupait ainsi plusieurs pages et la moindre recopie introduisait des erreurs. Les diagrammes dessinés servaient de garde-fou : quand le texte devenait ambigu, l’image tranchait.
Le système de cases nommées existait pourtant déjà en germe. Les auteurs arabes désignaient les colonnes par le nom de la pièce qui l’occupe au départ et les rangées par un numéro, ce qui préfigure exactement la logique de la notation descriptive européenne apparue bien plus tard.
Stamma et la première notation par cases
Il faut attendre le XVIIIe siècle pour qu’un système vraiment court apparaisse. Philippe Stamma, joueur originaire d’Alep installé en Europe, publie en 1737 un recueil de problèmes où chaque case porte une lettre et un chiffre. C’est le premier ancêtre direct de la notation algébrique : la case est identifiée par sa coordonnée, pas par la pièce qui s’y trouvait au début de la partie.
Le système ne s’impose pas tout de suite. François-André Danican Philidor, la grande figure française du siècle, préfère écrire les coups presque en toutes lettres dans son Analyse du jeu des Échecs. Deux traditions vont donc cohabiter pendant près de deux siècles.
Le règne de la notation descriptive
Dans le monde anglophone et dans une bonne partie de l’Europe, c’est la notation descriptive qui domine du XIXe siècle jusqu’aux années 1970. Elle nomme les colonnes d’après les pièces (colonne du Roi, colonne de la Dame, colonne du Fou du Roi) et compte les rangées depuis le camp du joueur qui joue. Un même coup s’écrit donc différemment selon qu’il est joué par les Blancs ou par les Noirs, ce qui en fait un système lisible à la lecture mais pénible à traiter mécaniquement. Notre page sur la notation descriptive détaille sa grammaire et donne des tables de conversion.
L’adoption officielle de l’algébrique
La notation algébrique, popularisée par l’école allemande au XIXe siècle grâce à des auteurs comme Johann Jacob Löwenthal et surtout par la diffusion des revues germanophones, gagne progressivement du terrain. Son avantage devient décisif avec l’informatique : une case a une seule écriture, quel que soit le camp, ce qui permet de trier, de rechercher et de comparer des millions de parties.
La Fédération internationale des échecs finit par trancher. Depuis la fin des années 1980, l’algébrique est la seule notation reconnue dans les compétitions officielles et les feuilles de partie imprimées sont conçues pour elle. Nos règles de notation FIDE reprennent les articles concernés.
Ce que l’histoire change pour vous
Deux conséquences pratiques. D’abord, si vous ouvrez un livre d’échecs publié avant 1980, en particulier en anglais, attendez-vous à de la descriptive : mieux vaut savoir la déchiffrer avant d’acheter d’occasion. Ensuite, la notation figurine, où la lettre de la pièce est remplacée par son symbole, existe précisément parce que l’algébrique reste dépendante de la langue : un cavalier est un C en français, un N en anglais et un S en allemand. Notre page sur les abréviations par langue donne le tableau complet.
Pour écrire vos propres parties, imprimez une feuille de notation et suivez le guide comment noter une partie.